Le marché des cryptomonnaies traverse une période de tension accrue le 11 juillet 2024, alors que le gouvernement américain rétablit son blocus sur les navires iraniens dans le détroit d’Ormuz et impose des frais de 20 % sur d’autres cargaisons. Cette décision, perçue comme une rupture fragile de l’accord de paix de juin, a immédiatement propulsé le prix du pétrole brut Brent à environ 85 $ le baril, une hausse de près de 2,8 % sur deux jours consécutifs. James Van Straten, analyste financier, souligne que cette perturbation du commerce maritime menace la reprise du Bitcoin observée plus tôt cet été, car la flambée des prix du pétrole alimente les craintes inflationnistes et renforce les attentes d’une réaction plus ferme de la Fed.
Face à ce contexte géopolitique et économique, le Bitcoin s’échange autour de 62 600 $, affichant une baisse légère de 0,3 % sur 24 heures mais restant globalement stable sur la semaine selon les données de CoinDesk. Cette résistance relative du Bitcoin, après un creux récent à 58 000 $, contraste avec la performance mitigée des altcoins majeurs. L’Ethereum maintient son cap près de 1 783 $ avec une légère hausse hebdomadaire, tandis que Solana, XRP et Hyperliquid enregistrent des chutes dépassant 5 % sur sept jours. La volatilité des actifs numériques s’accentue sous l’effet des pressions inflationnistes croissantes et de la probabilité accrue d’une hausse des taux d’intérêt.
L’indice des prix à la consommation (IPC) américain pour juin 2024 représente le prochain test décisif pour les marchés financiers. Les prévisions indiquent un ralentissement de l’inflation globale à 3,8 % sur un an, contre 4,2 % précédemment, avec une baisse mensuelle estimée à 0,1 %. L’inflation de base, qui exclut les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie, devrait se stabiliser à 2,9 % sur un an et augmenter de 0,2 % sur le mois. Selon Shaurya Malwa, économiste, une lecture de l’IPC inférieure aux attentes pourrait atténuer les pressions pour une hausse de taux, stabilisant potentiellement les prix des cryptomonnaies, tandis qu’une lecture plus chaude, combinée à la hausse du pétrole, pourrait intensifier la volatilité à l’approche de la réunion de la Fed du 28 et 29 juillet.
Les marchés anticipent actuellement une probabilité de 40 % d’une hausse de taux de la Fed à court terme, selon l’outil CME FedWatch. Le taux des obligations du Trésor à 10 ans demeure élevé, au-dessus de 4,6 %, reflétant des attentes de resserrement monétaire continu. Cette combinaison de facteurs macroéconomiques complexes illustre la sensibilité des cryptomonnaies aux fondamentaux économiques, notamment l’interaction entre les coûts énergétiques, les politiques monétaires et les valorisations des actifs numériques.
Malgré l’incertitude ambiante, les volumes de transactions sur les échanges centralisés (CEX) ont augmenté pour la première fois en cinq mois en juin 2024, les volumes au comptant grimpant de 15,3 % pour atteindre 1,11 billion de dollars. Les volumes de contrats perpétuels liés aux actifs du monde réel (RWA) ont bondi à un niveau record de 311 milliards de dollars, signalant un engagement croissant des investisseurs. Le chef des investissements de Franklin Crypto note cependant que les prix des cryptomonnaies semblent déconnectés des fondamentaux sous-jacents, soulignant la nécessité d’évaluer soigneusement les risques économiques externes.
Les dirigeants de l’industrie adoptent des points de vue prudents mais stratégiques. Le PDG de Binance.US met en lumière les efforts pour regagner des parts de marché aux États-Unis, visant un retour à 20 % de part de marché avec une croissance durable. De son côté, le PDG de TeraWulf commente la dynamique de consommation énergétique, affirmant que la course vers un minage plus efficace devient critique à l’ère de l’IA. Ces observations révèlent les défis structurels et réglementaires qui façonnent l’adoption des cryptomonnaies et le sentiment du marché dans un environnement macroéconomique incertain.
La résilience du Bitcoin à 62 600 $ malgré ces vents contraires témoigne de la complexité du marché actuel, où les facteurs géopolitiques et économiques s’entremêlent pour créer un environnement de trading particulièrement exigeant pour les investisseurs.