MIAMI GARDENS, en Floride. Les champions du monde en titre affrontent vendredi soir la plus petite nation à avoir atteint une ronde éliminatoire de Coupe du monde, et le verdict d’avant-match ne pourrait guère être plus déséquilibré : l’Argentine est ultra-favorite, et il faudrait au Cap-Vert l’une des plus grandes surprises de l’histoire du tournoi pour survivre. Les chiffres laissent peu de place au doute. Le superordinateur d’Opta donne l’Argentine gagnante dans 83,5 % de ses simulations d’avant-match, le match nul à 11,2 % et le Cap-Vert à seulement 5,3 %. En tenant compte de la prolongation et des tirs de barrage, l’Argentine accède au tour suivant dans environ 90 % des scénarios. Les preneurs aux livres voient les choses de la même façon, cotant l’Argentine autour de 1/6 et reléguant le Cap-Vert près de 19/1 pour l’emporter en 90 minutes.
Pour comprendre l’ampleur de l’écart entre ces deux équipes, il est essentiel de suivre une démarche logique basée sur les données statistiques disponibles. Voici les étapes clés qui expliquent pourquoi l’Argentine domine ce pronostic :
Ces éléments confirment que la victoire de l’Argentine par au moins deux buts d’écart est le scénario le plus cohérent, avec une cote de 1,55 chez Betclic.
L’Argentine débarque à Miami, port d’attache du club de Lionel Messi, forte de trois victoires consécutives en groupe contre l’Algérie, l’Autriche et la Jordanie, avec huit buts marqués et un seul concédé. Messi est l’histoire du tournoi : en tête des marqueurs avec six buts, il est devenu le premier joueur de l’histoire de la Coupe du monde à trouver le fond du filet lors de sept matchs consécutifs. À 39 ans, il ne montre aucun signe de ralentissement, et derrière lui, Lionel Scaloni peut compter sur Lautaro Martinez, Julian Alvarez et le moteur créatif qu’est Rodrigo De Paul. Scaloni s’est bien gardé d’évoquer une soirée facile, répétant que ses joueurs ont étudié le Cap-Vert de près et que ces débutants ne se sont pas rendus à cette étape par accident. L’Argentine n’a pas perdu un match à élimination directe, tous tournois confondus, depuis la demi-finale de la Copa America 2019 contre le Brésil, soit une séquence de dix victoires d’affilée en ronde éliminatoire.
La présence du Cap-Vert ici est le conte de fées de la phase de groupes. Nation d’un peu plus d’un demi-million d’habitants disputant une Coupe du monde pour la première fois, elle a traversé le groupe H sans défaite grâce à trois matchs nuls : une impasse sans but contre l’Espagne, un fougueux 2-2 contre l’Uruguay et un autre blanchissage contre l’Arabie saoudite. Cela a suffi pour terminer au deuxième rang et devenir la première nation débutante à rester invaincue lors de ses trois premiers matchs de groupe en Coupe du monde depuis le Sénégal en 2002. Sa campagne repose sur la discipline plutôt que sur la puissance de feu. Le Cap-Vert est la formation la moins prolifique des 32 équipes du tour à élimination directe, et sa structure défensive s’est grandement appuyée sur le gardien de 40 ans Vozinha, dont les deux blanchissages le placent dans un cercle restreint aux côtés de Peter Shilton et de Dino Zoff. L’entraîneur Bubista a laissé entendre que la performance contre l’Espagne, compacte et sans peur, sert de modèle pour Miami, et il récupère l’arrière gauche Sidny Cabral au retour de suspension.
Le match s’annonce selon un scénario d’élimination directe bien connu : l’Argentine dominera la possession pendant que le Cap-Vert se repliera dans un bloc bas et resserré en espérant un coup de pied arrêté ou une occasion en contre-attaque. Le duel central oppose le bloc bas du Cap-Vert au trio offensif de l’Argentine. Si les Requins bleus reculent trop, Alexis Mac Allister et Enzo Fernandez les puniront de loin, tandis que c’est probablement dans le jeu en largeur de Nahuel Molina et de Nicolas Tagliafico que la rencontre se décidera. Les coups de pied arrêtés de l’Argentine constituent eux aussi une menace réelle, et il y a un petit bémol pour les favoris : sept de leurs 13 derniers matchs à élimination directe en Coupe du monde se sont rendus en prolongation, un rappel que même les duels confortables peuvent devenir tendus.
Tous les indices pointent dans la même direction. L’Argentine possède le meilleur joueur du tournoi au sommet de sa forme, un effectif d’une profondeur digne d’un champion et un groupe au complet. Le Cap-Vert a gagné un immense respect, mais le fossé entre affronter l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite sur 90 minutes et se mesurer à une attaque argentine déchaînée est immense. Le consensus penche pour une victoire aisée de l’Argentine, le pointage de 3-0 étant le plus souvent avancé et le marché du plus de 2,5 buts étant favorisé, puisque les trois matchs de groupe de l’Argentine l’ont franchi. L’espoir réaliste du Cap-Vert est de retarder le premier but le plus longtemps possible, de frustrer les champions et de voler quelque chose en fin de match. L’histoire donne à penser qu’une fois le premier but inscrit, la partie s’ouvre à l’avantage de l’Argentine.
En somme : l’Argentine devrait gagner et passer au tour suivant, fort probablement par deux ou trois buts, Messi étant attendu pour gonfler son total. Une surprise du Cap-Vert figurerait parmi les plus grands chocs de l’histoire de la Coupe du monde et, même si son parcours mérite tous les éloges, les paris avisés annoncent la fin du conte de fées à Miami. Le coup d’envoi est à 18 h (HE) au Hard Rock Stadium de Miami Gardens. Le vainqueur accède aux huitièmes de finale pour y affronter le gagnant du duel entre l’Australie et l’Égypte. Il s’agit d’un match à élimination directe : à égalité après 90 minutes, on passe en prolongation, puis aux tirs de barrage au besoin.