Ghana accroche l’Angleterre : 0-0 et la Croatie en alerte

Ghana accroche l’Angleterre : 0-0 et la Croatie en alerte

Le Ghana n’est pas venu à Boston pour divertir le public. Il est venu pour survivre à la pression d’un match contre une puissance mondiale, et il a réussi cette mission avec une brillance tactique rare. Le résultat final de 0-0 reflète exactement cette lutte silencieuse où un géant ne tombe pas, mais ne rugit pas non plus. Ce match, joué le 23 juin 2026 au Stade de Boston, a été marqué par une absence totale de buts et de feux d’artifice, laissant place à une défense ghanéenne d’acier qui a refusé à l’Angleterre, favorite du tournoi, le moindre filet en 90 minutes. L’Angleterre, qui avait humilié la Croatie quatre buts à deux quelques jours plus tôt, est ainsi contrainte de reconnaître que le Ghana, classé 73e au monde, a tenu sa ligne sans faiblir.

On peut qualifier ce résultat d’un match nul, mais pour le Ghana, c’est une déclaration de force et de résilience. L’entraîneur Carlos Queiroz a orchestré une performance défensive qui a transformé une situation théoriquement difficile en un triomphe stratégique. Le Ghana, qui avait arraché sa victoire contre le Panama dans son premier match avec une performance dramatique et presque chaotique où Antoine Semenyo n’avait pas touché le ballon pendant 22 minutes complètes en première mi-temps, a montré qu’il pouvait s’adapter à des adversaires bien plus puissants. Le but victorieux contre le Panama n’était arrivé qu’à la 95e minute grâce à Caleb Yirenkyi, un jeune prodige de 20 ans qui joue pour le FC Nordsjælland au Danemark et qui est entraîné par Michael Essien, ce qui a fait naître des comparaisons avec la légende ghanéenne. Personne ne réservait encore les chambres d’hôtel du Ghana pour les rondes éliminatoires avant ce match, mais Queiroz a exécuté un plan froid et précis qui a déjoué les adversaires mieux outillés.

Sans le ballon, le Ghana s’est replié dans un bloc compact en 4-5-1, avec Semenyo et Thomas-Asante reculant au milieu de terrain pour bloquer les couloirs de passe et étouffer la construction de jeu anglaise. Le piège était tendu avant même le coup d’envoi, et l’Angleterre s’y est engouffrée tête première. L’Angleterre a dominé la possession à 72% et a déclenché 19 tentatives au but, tandis que le Ghana en a eu seulement 2, aucune cadré. Sur papier, ça ressemble à une performance anglaise solide, mais en réalité, c’était un exercice prolongé de frustration. Le groupe crispé de Tuchel a peiné pendant de longues périodes, ne commençant à menacer sérieusement qu’en fin de deuxième mi-temps, avec Nico O’Reilly frappant la barre transversale et Marc Guehi voyant une tête dégagée sur la ligne dans le temps additionnel. Kane lui-même, l’homme que le Ghana redoutait soi-disant le plus, a raté une volée à bout portant en fin de match, le but grand ouvert devant lui, une image qui hantera les partisans anglais pendant des jours.

Le bloc bas a tenu et les Black Stars n’ont pas craqué. Quand Carlos Queiroz a été nommé entraîneur du Ghana quelques mois seulement avant le tournoi, les partisans ghanéens étaient nerveux à cause de sa réputation de prudence et de son approche conservatrice, presque défensive, du soccer. Cependant, contre l’Angleterre, cette même prudence s’est révélée être une arme redoutable. Le Ghana a affiché ses couleurs dès le coup d’envoi, s’asseoir profond et chercher à piéger l’Angleterre en contre-attaque. Quand on lui a demandé avant le match si affronter un poids lourd comme l’Angleterre était intimidant, Queiroz était presque philosophique dans sa confiance, déclarant que c’est le type de match le plus facile parce que quand vous vous apprêtez à affronter l’Angleterre, la France ou l’Allemagne, vous n’avez rien à dire aux joueurs car ils sont pleinement motivés. Génie tactique ou belle simplicité ? Probablement les deux.

L’un des fils conducteurs du tournoi ghanéen est l’émergence de Caleb Yirenkyi, 20 ans, le milieu de terrain qui a inscrit le but victorieux contre le Panama et qui attire déjà les regards admiratifs des grands clubs européens. Contre l’Angleterre, Yirenkyi a évolué sur la corde raide d’un carton jaune reçu tôt dans le match, mais il n’a pas flanché. Il est le cœur battant de cette équipe du Ghana et il ne fait que commencer. Le match nul a créé une situation vraiment tendue dans le Groupe L avant la dernière journée, car le résultat 0-0 laisse l’Angleterre et le Ghana à égalité en tête du groupe avec 4 points chacun. La Croatie et le Panama n’ont disputé qu’un seul match jusqu’ici, et si la Croatie bat le Panama, elle remonte à 3 points et prépare une confrontation finale avec le Ghana qui déterminera qui passe au tour suivant. Soudainement, ce dernier match de groupe prend des allures de finale.

Le Ghana affronte la Croatie à Philadelphie le 27 juin, et c’est un match qui pourrait définir toute la campagne ghanéenne. Une victoire, et ils avancent presque certainement. Une défaite, et ça pourrait se compliquer sérieusement. Pour le Ghana, les enjeux ne pourraient pas être plus personnels, car une victoire contre la Croatie confirmerait leur place en rondes éliminatoires pour la première fois depuis leur mémorable parcours jusqu’en quarts de finale à la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, le tournoi à jamais associé au geste de la main de Luis Suárez et au déchirement qui s’en est suivi. Les partisans des Black Stars attendent ce moment depuis 16 ans. La Croatie, elle, est un animal blessé, une équipe avec du vécu en Coupe du Monde et rien à perdre, et l’affrontement tactique que Queiroz devra livrer à Philadelphie sera son plus grand défi.

Le Ghana est arrivé en Amérique sous le radar, sans Mohammed Kudus, probablement leur joueur le plus créatif, et sans gardien titulaire garanti après la blessure de Lawrence Ati-Zigi contre le Panama. Même Thomas Partey avait des complications hors terrain qui planaient sur son tournoi. Et pourtant les voilà, invaincu, 4 points, co-leaders de leur groupe aux côtés de l’Angleterre. Avec un seul point dans leur dernier match, les Black Stars atteindraient presque certainement leur premier tour éliminatoire depuis plus d’une décennie. Une victoire, et ils passent en beauté. Les Black Stars ont toujours porté une certaine électricité, le drame de 2010, le déchirement, la personnalité. Ce groupe de 2026 manque peut-être de la célébrité des générations précédentes, mais il a retrouvé quelque chose d’encore plus précieux : la discipline collective, la conviction, et un entraîneur prêt à miser sur l’organisation plutôt que sur le chaos.

L’Angleterre a regardé le Ghana pendant 90 minutes sur ce terrain de Boston sans trouver la faille. Si vous êtes la Croatie, ce n’est pas une pensée rassurante. Les Black Stars sont bel et bien vivants, et Philadelphie les attend.

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